L’histoire de Martine, c’est une histoire de retour à soi et de retour à la vie. C’est aussi une histoire de tarot, cet art ancestral chargé de tant d’imaginaire collectif. Magique ou fascinant pour certains, effrayant pour d’autres, très rationnel pour Martine qui est également coach et analyse les cartes à la lumière de concepts tirés de la psychologie. Un savant mélange d’abstrait et de concret, de réflexion et d’intuition.

Martine est tarologue et bien plus encore, elle pratique le tarot thérapeutique. Ce n’est pas un tarot qui prédit l’avenir, c’est un tarot qui fouille le passé pour mieux le comprendre et vous permettre d’avancer. Chez Martine, vous ne trouverez pas de décors occultes ou de grimoires, elle a -au contraire- une approche plutôt cartésienne des cartes.

Parce que le tarot, c’est sérieux et vieux comme le monde, rappelons-le. Déjà, dans l’antiquité, la Pythie et la Sybille prédisaient l’avenir aux héros comme Ulysse ou Oedipe.
En réalité, partout dans le monde depuis des siècles, on tire les cartes et les cartes nous fournissent des réponses. Foutaises et fariboles, disent certains, folklore païen ou jeux de dupes pour d’autres. Les arguments des sceptiques sont nombreux : « il suffit de dire des trucs suffisamment vagues pour que chacun s’y retrouve », ou encore « en prédisant des choses, on influence les gens qui finissent par faire ce qu’on leur a prédit, c’est pour ça que ça marche ».

Sauf qu’aucun de ces arguments ne marche avec les tarots de Martine. Car sa méthode ne vous prédit pas l’avenir, elle vous parle du passé, de vous, de votre vie. Dès lors, impossible de vous tromper. Elle vous explique ce qui s’est passé AVANT pour vous aider à construire un APRES en accord avec vous-mêmes.

Et je peux vous dire qu’elle fait ça super bien. Car bien sûr, professionnalisme oblige, j’ai testé les tarots de Martine avant de vous en parler. Je ne rentrerai pas dans le détail du tirage, je vous dirai juste que c’est une expérience hors-du-commun. Sans rien connaître de moi, Martine m’a raconté les événements et les êtres les plus importants de ma vie avec une justesse telle qu’il est impossible de mettre en doute la véracité de son talent. Durant 2h, on revisite certains évènements de sa vie avec un œil nouveau, une manière différente d’éclairer le décor et les protagonistes. Comme si quelqu’un, quelque chose, braquait une lampe dans des recoins sombres qu’on n’avait jamais pensé à explorer. On remarque alors des détails passés jusque-là inaperçus et on comprend des choses essentielles. Bref, ça marche, point.

Si j’ai souhaité vous raconter l’histoire de Martine, c’est parce que je la trouve fascinante et inspirante. Martine et ses tarots, c’est l’histoire d’une renaissance, d’un retour de l’autre et d’un retour à soi qui mène finalement à aider les autres, à y consacrer sa vie. Mais trêve de bavardage, partons à la rencontre de Martine…

Brunhilde : Bonjour Martine, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Martine : Je vais essayer… Je suis le fruit de l’amour entre un italien et une française. J’ai passé mon enfance en Italie. Pour l’anecdote, la maison familiale se trouvait via Sibilla (rue Sibylle) à Naples. Hasard ou coincidence ?
Je suis arrivée en France quand j’avais un peu moins de 10 ans. Je viens d’une famille de musiciens et le fait d’avoir grandi dans cette atmosphère artistique m’a ouvert des horizons, des perspectives différentes. On m’a toujours dit « fais ce que tu veux, l’important c’est que tu sois heureuse ». Mais en parallèle, mon père m’a appris l’anglais à 4 ans, il m’a encouragée à faire des études pour être autonome, c’était essentiel pour lui et donc il y avait vraiment ce paradoxe entre « fais ce que tu veux, vis la vie de bohème si tu veux mais avec un plan B et un bagage solide.”

C’est ce que j’ai appliqué, j’ai fait des études d’anglais, d’histoire de l’art, d’histoire de la mode et du costume, j’ai un diplôme de coach en image et tout ça m’a permis d’aborder plusieurs carrières par plusieurs prismes différents : j’ai été costumière, enseigné les langues, travaillé dans la mode, été libraire, j’ai aussi écrit… Les livres ont toujours joué un rôle très important dans ma vie.

La Sibylle, prophétesse de l’antiquité

Quand j’avais 15 ans, j’ai perdu mon père et ça a été un événement déterminant. A partir de là, je me suis rapprochée de l’occulte, de la spiritualité, chacun appelle ça comme il veut.

J’ai commencé à tirer les cartes à 16 ans, cela fait donc 22 ans. J’avais besoin de réponses et les cartes m’en apportaient, je voulais contrôler une vie qui me glissait entre les mains. Il me fallait quelque chose qui m’aide à récupérer le contrôle, je ne supportais plus l’imprévisible. Le tarot m’a apporté ça ; donc je ne l’ai plus quitté. C’est d’ailleurs le même jeu depuis toujours :le Morgan-Greer Tarot. Il est en lambeaux. J’en ai plein d’autres mais c’est celui-là que j’utilise systématiquement.

Au début je faisais du prédictif, les gens venaient me voir avec une question un peu banale du type « est-ce que telle chose va se produire ? », « est-ce que je dois prendre telle décision ? ». Je leur apportais une réponse et il se trouve que je ne me trompais jamais. C’était effrayant d’ailleurs. Ça a beaucoup influencé mes relations jusqu’à mes 20-21 ans, âge auquel j’ai arrêté de tirer les cartes, parce que les gens ne me parlaient plus que de ça et pour ça.

B : Tu dirais que ça a faussé ton rapport avec tes amis ?

M : Complètement. Toutes mes relations étaient corrompues par le fait que je tirais les cartes. Mes amis me demandaient des tirages sans arrêt, pour n’importe quoi, ça avait complètement perdu son sens donc j’ai arrêté. Pendant presque 20 ans.

Et puis bien sûr, quand on fuit un truc il nous rattrape, et c’est revenu dans une situation extrême. En mars 2020, ma mère a attrapé le covid et a été placée dans le coma. C’était bien évidemment l’un des pires moments de ma vie, d’autant que les médecins avaient été très clairs sur le fait qu’il n’y avait aucun espoir de la voir se rétablir et qu’il fallait prendre nos dispositions.

Je ne pouvais pas m’y résoudre. Il fallait que je fasse quelque chose pour contourner la catstrophe, mais quoi ? Je me disais « je ne peux pas demander quelque chose d’aussi important à l’univers sans rien proposer en retour, ça créerait un déséquilibre total ». Alors un samedi matin, ma mère avait été intubée le vendredi, j’ai formulé ma demande à l’univers. Avec la naiveté d’une enfant qui écrit sa lettre au père-noël, j’ai fait une sorte de serrement, « si ma mère revient, je m’engage à passer le reste de mes jours à aider les autres et à rendre ce miracle. Tu ne le regretteras pas ».

Un mois et demi après, bien amochée, ma mère rentrait à la maison.

B : Quand tu as lancé cette prière à l’univers, tu y croyais ?

M : Ça n’était pas une prière, c’était une promesse. C’est différent. Ce n’était pas « s’il te plaît, fais ça pour moi », c’était « si tu fais ça, alors… », c’était un deal. Je ne crois pas en Dieu, en tout cas pas à la version judéo-chrétienne de Dieu, en revanche je crois en l’univers et j’ai clairement un lien particulier avec le bouddhisme, l’hindouisme et toutes les religions polythéistes.

Mais le fait est qu’elle est rentrée, et après ça je suis passée par des mois d’errance à cause de ce qui s’était passé. D’abord parce que les gens ne sont pas censés ressusciter, quand on te dit « elle ne reviendra pas, prenez vos dispositions », tu commences un travail de deuil. Donc quand elle revient tu ne comprends pas ce qui se passe, même si tu l’as souhaité de toute ton âme. Il y a eu de longs mois de sidération psychique absolue.

B : Est-ce que tu as la sensation que c’est toi qui l’as fait revenir ?

M : Elle me dit ça tous les jours. Tous les jours, elle me répète que je lui ai sauvé la vie. Mais bien sûr que non, c’est absurde. C’est elle qui s’est sauvé la vie. Elle a eu le choix. Elle a choisi de revenir.

Pendant des mois je la regardais en pleurant, j’avais l’impression de voir un fantôme et j’étais hantée par cette promesse. Je ne savais pas quoi en faire.
J’étais absolument perdue, jusqu’à ce jour de début novembre où une amie d’enfance m’a demandé de lui tirer les cartes, ce que je n’avais pas fait depuis des années. Elle avait rencontré quelqu’un et elle voulait savoir comment ça allait se passer. Je n’étais pas particulièrement débordée à ce moment-là. C’était le début du 2ème confinement, j’avais mis de côté mon travail dans la mode parce que je n’y trouvais aucun sens, j’étais coach mais j’avais l’impression que tout le monde était coach et que ça ne voulait plus rien dire… Je cherchais ma voie, je tâtonnais.

Donc mon amie me demande une lecture de tarot et j’accepte. Et là je reçois des informations qui dépassent largement le cadre de son amour naissant, des choses très précises dont elle ne m’avait jamais parlé. Elle finit en larmes. Au bout de trois heures de séance, elle me dit que même en deux ans de thérapie, on n’arrive pas à obtenir ce résultat. Etant elle-même psychologue clinicienne, ça m’a fait un choc.

Alors bien-sûr je minimisais, j’étais très sceptique, je prenais ça pour de la flatterie ou pour une volonté de me rassurer parce qu’elle savait que je n’allais pas très bien. Mais elle insistait, disant qu’il fallait absolument que je me lance, que je crée un compte Instagram et que je propose des séances. Elle soutenait que les gens avaient besoin d’aide, que tout le monde n’a pas la patience, les moyens, le profil ou l’envie de se lancer dans une longue thérapie traditionnelle, sans compter que parfois ça ne marche pas. Donc pour elle c’était une évidence, il fallait que je me lance.

Elle a tellement insisté que je l’ai fait, le jour même. C’est d’ailleurs elle qui a trouvé le terme “tarot thérapeutique”, que j’ai gardé avec son accord.

B : Tu disais qu’à 20 ans, tu faisais du tarot prédictif et qu’aujourd’hui, c’est du tarot thérapeutique. Tu as choisi de faire les choses différemment ou c’est venu tout seul ?

M : A 20 ans, j’avais une vision très réductrice du tarot parce que dans l’imaginaire collectif, le tarot c’est de la voyance : prédire l’avenir. Je ne voyais pas plus loin que ça. Or, avec une vie très mouvementée, mes lectures en lien avec la spiritualité, la psychanalyse et la psychologie, mon background de coach et un petit peu de sens de l’observation, je me suis rendue compte que le tarot était en réalité un canal absolument fascinant pour entrer dans la psyché des gens.

B : Le côté thérapeutique du tarot le rend donc plus intéressant. Dans le cas du prédictif, on t’annonce que ça va se passer d’une certaine manière et tu n’as aucune prise dessus, dans l’autre on analyse les forces en place et on te dit comment agir en conséquence pour atteindre tes objectifs. On te rend le pouvoir, en quelque sorte, on te dit que tu es responsable de ce qui va t’arriver.

C’est exactement ça. D’ailleurs j’ai un rapport un peu conflictuel avec le prédictif maintenant. Quand quelqu’un fait appel à toi pour savoir ce qui va se passer dans tel ou tel domaine de sa vie, même avec les meilleures intentions du monde, tu plantes une graine dans sa tête. Surtout si la personne est fragile, inconsciemment elle agira en conséquence. Or je ne veux pas retirer leur libre-arbitre aux personnes que j’accompagne. C’est même tout le contraire.

B : D’autant qu’il y a des gens qui ont besoin de s’en remettre à quelqu’un pour savoir quoi faire et quoi penser donc selon sur qui tu tombes, ça peut même être dangereux.

Oui. Pour certains, c’est parole d’évangile. Tu leur dis un truc et, pas de doute possible, ça va arriver. C’est souvent des gens qui n’arrivent pas à se fier à la vie, qui ont besoin de savoir, de comprendre, de prévoir, de tirer toutes les ficelles. Or c’est impossible, personne n’est en mesure de te dire avec exactitude et sans l’ombre d’un doute ce qui va t’arriver. Rien n’est écrit, ce n’est pas une science exacte donc je ne cautionne plus ça. J’en parle en connaissance de cause, j’ai longtemps été cette cliente angoissée qui consultait à tout va.

Un tirage façon Martine

B : Est-ce que tu dirais que tu as une approche rationnelle du tarot ?

M : Quand on parle de spiritualité, de tarologie, on imagine tout de suite un truc de perchés, pour des gens un peu paumés. Je pratique un ésotérisme urbain. Je ne trouve pas qu’il y ait besoin de folklore, de paganisme. Je veux démystifier tout ça au maximum. C’est d’ailleurs ce qui surprend les gens pendant les séances, parce que je ne fais planer aucun mystère, je ne surfe pas sur la vague du mysticisme à outrance. J’ai une vision vraiment très cartésienne et je mets un point d’honneur à tout expliquer à mon interlocuteur. Les gens savent tout ce qui se passe en temps réél, c’est complètement interactif.

Pour moi, ce qui est intéressant dans le tarot thérapeutique c’est qu’il fait se rencontrer la réflexion, née de l’esprit, et l’intuition. Le tangible et l’intangible.

Évidemment, mon support reste le tarot donc je fais appel à mon instinct et à des facultés d’interprétation, mais tout le monde peut développer ça, ce n’est absolument pas un truc magique réservé à quelques élus. En revanche les leviers que j’utilise, ce sont les leviers de la psychologie, de la psychanalyse et du coaching. Je les applique au tarot en mélangeant concret et abstrait.

Martine par l’artiste italienne Livia Cocchi

J’ai parfaitement conscience que les gens qui viennent me voir sont des gens en situation de fragilité. Et je n’oublie pas qu’il n’y a pas si longtemps, j’étais moi aussi dans cette situation. Toute ma vie j’ai consulté des thérapeutes et des voyants en étant vulnérable, dans des moments de grande difficulté et j’étais tributaire de ce que ces personnes me disaient. Je sais la responsabilité que j’ai.

Le plus important, c’est l’humilité. On parle souvent du complexe de l’imposteur comme d’une malédiction dont il faudrait à tout prix se débarrasser mais en réalité c’est un moteur, c’est ce qui permet de toujours apprendre et progresser. Jamais je ne prétendrai tout savoir du tarot. Les séances sont des vrais échanges où je reçois autant que je transmets. C’est ça qui fait évoluer, bien plus que le fait de ne jamais se tromper dans ce qu’on voit.

B : Quelle est la question qu’on te pose le plus souvent ?

M : Le pourquoi, c’est récurrent, c’est LA grande question : pourquoi ?

B : Est-ce que c’est une bonne question ?

M : Oui, c’est une bonne question. C’est mieux que le comment, par exemple. Souvent, je reformule les questions qu’on me pose avec l’aval de la personne, parce que je préfère poser une question de l’ordre du pourquoi plutôt que du comment. Par exemple, si on me demande « comment faire pour me débarrasser de tel schéma de fonctionnement ? », je vais reformuler en « pourquoi est-ce que je tombe toujours dans ce schéma de fonctionnement ? ».
C’est comme s’il y avait un super jardin avec au milieu un énorme buisson de mauvaises herbes. Avec le comment tu les tailles juste, avec le pourquoi tu les arraches. Ce n’est pas du tout la même démarche.

B : C’est un débat que j’ai souvent avec une personne proche, qui dit que le pourquoi, c’est le passé, et le comment c’est l’avenir. Quand on est tourné vers l’avenir, on ne se demande pas pourquoi mais comment. Je lui réponds que si on ne sait pas pourquoi, on ne peut pas savoir comment.

Je pense que quand on ne veut pas se demander pourquoi, c’est qu’on a peur d’avoir les réponses. Ou alors ce n’est pas le bon moment.

Je peux comprendre. Il faut être prêt à aller chercher le « pourquoi », parce que ce n’est pas anodin. On risque de se retrouver confronté à des trucs pas forcément confortables, ce n’est pas une promenade de santé. C’est pour ça qu’en séance, j’essaie toujours de contrebalancer ça en nouant une vraie relation de confiance, sinon ça ne peut pas marcher. C’est ce que je dis aux personnes qui me consultent : on se prend la main et on saute ensemble. J’essaye de débusquer le déni, mais toujours avec beaucoup de bienveillance et de soutien.

Ceci dit, le fait de ne pas se demander « pourquoi », c’est très occidental.  Dans les médecines orientales, on soigne le corps, la tête et l’âme en même temps, parce qu’on sait que ça marche ensemble. Il faut traiter la personne dans son entièreté sinon on rate forcément un truc. C’est le « pourquoi ». Chez nous on soigne un corps machine. Au moindre symptôme, on te file un cachet pour que le mal disparaisse, avant même de savoir ce qu’il signifie. Pour moi ça correspond au “comment”, agir sans réfléchir. C’est parfait pour faire en sorte que les gens soient aliénés et dépendants, c’est précisément le contraire de ce que je recherche.

B : On ne peut pas résoudre un problème qu’on ne comprend pas, en somme.

Il faut vouloir le comprendre pour le résoudre, oui. De toute façon, on est le plus grand chantier de sa vie et le plus important. C’est mieux d’apprendre à s’aimer, à se pardonner, à être bienveillant envers soi-même et à s’accepter comme on est, nous et tous les évènements qui nous sont arrivés. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, donc ça demande un accompagnement et du travail.

Je ne suis pas dans la bienveillance à outrance, la gratitude pour rien. Honnêtement, il y a des choses qui arrivent et pour lesquelles il n’y a pas forcément de quoi ressentir de la gratitude. Tout ne t’apprend pas une leçon, tout ne te mène pas là où tu dois aller, il y a des choses qui sont complètement injustes et gratuites.

“Le X d’épées du Modern Witch qui me représente bien, l’ironie dans l’adversité. Aussi, une forme d’ésotérisme urbain.” – Martine

B : Mais est-ce que tu crois qu’on vit ces choses pour nous permettre d’apprendre des leçons, nous faire évoluer, ou est-ce que tout ça tu n’y crois pas ?

Si c’est ça, c’est de très mauvais goût.

Cela dit, la vie est malicieuse. Elle met son habit de lumière pour venir t’annoncer des trucs. La vie, c’est Dalida, Elle arrive et elle te dit ”ah, t’as pas voulu m’écouter quand j’étais Charlotte Gainsbourg ? Ben tiens, j’arrive en Dalida, tu comprendras peut-être mieux…”. Mais la plupart du temps c’est déjà trop tard et c’est là que survient le trauma.

C’est aussi là que j’interviens en essayant d’élaborer, mais en réalité, je crois surtout qu’il faut dealer avec l’idée qu’on peut être victime d’injustices. Non, tout n’est pas bon à prendre, tout n’a pas une raison d’être, certaines choses relèvent de l’injustice la plus totale. Pour les femmes encore plus que pour les hommes, c’est pour ça que je les accompagne prioritairement, parce que malheureusement on est encore dans une société patriarcale.

Sauf qu’une fois qu’on a dit ça, on en fait quoi ? Je trouve que c’est essentiel de travailler là-dessus. Pour ne pas être dans l’impuissance, la sidération, l’aigreur ou la colère.

B : Des pratiques comme la tarologie ou le chamanisme existent depuis des millénaires, pourtant la science moderne les ignore et ne cherche pas à comprendre comment ça fonctionne. Je trouve dingue qu’il n’y ait pas  de volonté véritable d’expliquer ces choses-là. C’est la peur d’avoir l’air perché qui empêche les chercheurs de s’intéresser à ça ?

C’est une peur à laquelle j’ai évidemment été confrontée. Venant d’un monde aussi normé que celui de la mode, dans lequel tu es totalement tributaire du regard des autres, arriver en disant « salut je tire les cartes », c’était impossible. En tout cas c’est je que je croyais.

Maintenant j’adore transformer l’essai avec les sceptiques. J’ai l’exemple d’une personne que j’avais eu en consultation en décembre. J’avais senti la présence de sa grand-mère au cours de la séance (je ne suis pas médium mais parfois j’ai de la visite), donc je lui avais dit « tiens j’ai une grand-mère ». Bien-sûr, sa réponse avait été « oui bon, tout le monde a une grand-mère », mais il y a un truc particulier, c’est que je sens les parfums des défunts. Donc je lui ai décrit le parfum de sa grand-mère de manière très précise et le type est resté sans voix, incapable d’expliquer ça. J’arrive aussi à savoir de quoi ils sont partis parce que je ressens une douleur à l’endroit qui a été atteint.

Mais le mental a toute sa place dans la démarche et l’un n’exclue pas l’autre. Spirituel, ça vient de « esprit ». Je fais juste marcher mon esprit. Le meilleur exemple, c’est mon mari. Il ne croit à rien. Il ne croit pas en Dieu, pas en l’univers, pas en les voyants, rien. C’est la personne la plus terre-à-terre du monde. Mais il me dit « je ne crois pas au tarot, mais je crois en toi et ce que ce que tu fais, aider les gens comme ça, c’est génial ».

B : Mais alors, il explique ça comment ?

M : Justement, il ne l’explique pas. Il a pactisé avec le fait qu’il n’y a pas d’explication, mais il n’y croit toujours pas. Et j’ai au moins 3 ou 4 personnes proches qui m’ont dit la même chose.

Ce qui est important, c’est surtout que cette idée d’y croire ou non n’est pas appropriée. Il n’y a rien à croire ou à ne pas croire. Il n’y a rien d’occulte.

B : Et en même temps, on en est tous dans la croyance. Ceux qui ne croient en rien aussi. Ils croient qu’il n’y a rien avant, rien après, rien au-dessus. Ils croient. Mais ils n’ont pas la preuve. Pas plus que les croyants. Donc, tous autant qu’on est, nous croyons.

M : Évidemment, la non-croyance est une croyance ! Quand mon mari me dit « mais moi je suis un scientifique », il pense opposer sa croyance à la mienne. Sauf que toute la base de mon travail c’est la psychologie et la psychanalyse. Il y a des siècles d’écrits là-dessus. Tu ne crois pas au tarot ? Mais là aussi, il s’agit d’une langue ancestrale. Ulysse se faisait déjà lire les oracles par la Sybille…

B : Oui, depuis le temps, si ça marchait pas on aurait peut-être arrêté !

M : Exactement. Il faut se rendre à l’évidence. Donc tu n’y crois pas parce que ça te fait peur, libre à toi. Mais ce n’est pas parce que tu n’y crois pas que ça n’existe pas.

Ça fait peur parce que ça veut dire qu’il y a des choses qu’on ne maîtrise pas, que nos sens ne détectent pas mais qui sont là et il y a de l’inconnu. Or pour certains, mieux vaut le néant que l’inconnu, en quelque sorte. Et puis il y a la peur du regard de l’autre. Surtout en France où on n’est pas du tout dans l’introspection et la vulnérabilité.

Plein de personnes me disent qu’elles me consultent en cachette. Comme si on faisait un truc hors la loi. Il y a des femmes qui m’appellent de leur voiture, juste pour que leur mari ne sache pas qu’elles ont recours au tarot. Quand je vois ça, je ne les prends plus. Je leur dis « on reprend un rendez-vous quand tu seras chez toi ». Ca me fait beaucoup de peine pour elles, mais aussi pour moi parce qu’on est dans une sorte d’impasse. Il faut démocratiser le fait de parler ouvertement de spiritualité, mais aussi de santé mentale. Dans ce cas précis, les deux sont interconnectés.

B : Oui mais quand-même, assumer qu’on se fait tirer les cartes, qu’on croit que des personnes peuvent recevoir des messages de forces supérieures, dans notre société scientiste, ça suffit à passer pour un gros perché et ça fait peur.

M : C’est pour ça que c’est super important de démontrer que les deux peuvent cohabiter. Faire converger l’abstrait et le concret, le tangible et l’intangible. Montrer que l’un est au service de l’autre, et inversement, c’est la base absolue de ma démarche. C’est pour ça que je déteste les mises en scène ésoteriques. On n’est pas dans le rituel du tout, chacun peut s’y retrouver. Que tu croies au tarot, à la psychanalyse ou au coaching, c’est pour toi.

B : D’ailleurs on n’est pas encore rentré dans le vif du sujet : le tarot. Est-ce que tu as une carte préférée ?

Oui, c’est l’Etoile. Parce que c’est la direction à suivre. C’est un rêve, c’est l’intention que tu poses. C’est un mélange entre ta destinée et ta volonté. C’est les deux qui se rencontrent.

B : Et elle est toujours positive, cette carte ?

Oui, même si toutes les cartes sont à contextualiser. Elle peut être contrariée par un événement ou une situation, mais isolée c’est une très belle carte.

B : Est-ce qu’il y a une carte que tu as eu du mal à interpréter, au départ ?

Plusieurs, même. De toute façon, l’interprétation des cartes, à moins que tu sois ultra disciplinée et que tu te contentes de suivre le livret, elle évolue avec ton propre chemin de vie, tes expériences.

Par exemple, le Pendu. J’ai longtemps cru que c’était une carte négative. On te pend, quand-même, c’est moyen… Mais en réalité, le personnage est pendu par le pied et c’est lui qui décide de le rester. Il pourrait se libérer, mais il choisit de rester dans cette position. Paradoxalement, il a besoin de cet immobilisme pour cheminer. Donc c’est une carte qui fait appel à la notion de libre arbitre, pas de soumission.

Dans un autre registre, le Mat (aussi appelé le Fou), j’ai longtemps pensé que c’était l’enthousiasme, la naïveté. Il évoque une personne au cœur pur, certes,… mais en réalité c’est surtout l’indécision et l’instabilité.

En fait, ton interprétation change en fonction de ce que tu apprends de la vie. Ton prisme se modifie complètement.

En revanche, il y a d’autres cartes qui pour moi restent très mystérieuses. J’en ai deux en tête, le Bateleur et le Jugement, surtout le Jugement. C’est vraiment la carte que j’appréhende le plus. Elle est tellement sujette au contexte, elle dépend tellement de ce qu’il y a autour, de la question du consultant… 
Je suis très ambivalente à son sujet.

B : C’est quoi la différence entre le Pendu et l’Ermite ?

M : L’Ermite est très introspectif, c’est le repli sur soi pour arriver à la réflexion, et donc à une solution. Le Pendu ne réfléchit pas nécessairement. L’Ermite est plus actif dans sa solitude, alors que le Pendu a un truc un peu contemplatif. « Ah tiens, je suis en mauvaise posture », mais rien ne change. Alors que l’Ermite, lui va se dire « bon, ok, je suis en mauvaise posture, comment m’en sortir ? Il me faut un plan ». Si tu regardes bien la carte, tu verras qu’il a une lanterne pour s’éclairer. Elle symbolise une issue qu’il aura trouvée lors de sa phase d’isolement.

B : La Maison Dieu, ça c’est la carte sur laquelle on ne veut surtout pas tomber ? C’est vraiment toujours négatif ?

M : Ah oui, la Maison Dieu (qu’on appelle aussi la Tour) n’est pas bonne, c’est très difficilement positif. Même si elle parle de la possibilité de reconstruire une situation, pour pouvoir y arriver il va nécessairement falloir passer par un effondrement.

B : Ça fait un peu penser à la carte de la Mort aussi, non ?

M : La Mort c’est une très bonne carte, elle indique l’impermanence de la vie. Ça, c’est un concept oriental qu’on trouve notamment dans le bouddhisme. Tout est impermanence. Cette carte, elle parle de l’aspect cyclique de l’existence. Pour qu’il y ait un renouveau, il faut que quelque chose se termine. Mais elle implique bien un renouveau. C’est l’imaginaire collectif qui lui attribue cette mauvaise réputation, qu’elle ne mérite pas. La Maison Dieu, c’est la fin. La Mort c’est le début.

B : Et le Diable, qui fait peur, est-ce qu’il est toujours négatif ?

M : Le Diable, globalement, on n’est pas fan. Il représente les bas instincts, le vice. Ca peut aussi être l’emprise que quelqu’un exerce sur nous, un rapport de force malsain.

B : Est-ce que le Soleil et le Monde sont toujours des cartes positives ?

M : Oui, c’est vraiment les deux meilleures cartes du jeu. Alors évidemment, tout dépend du tirage. Admettons que je tire le Soleil, mais que par-dessus j’ai la Maison Dieu, forcément c’est un énorme nuage qui recouvre le Soleil. Il sera obligatoirement parasité par la Maison Dieu. Mais de manière isolée, ce sont toujours des bonnes cartes, immuablement.

B : Quand on ne sait pas tirer les cartes, est-ce qu’on peut, parfois, quand on se pose une question, tirer juste une carte au hasard pour avoir un élément de réponse ?

M : Je ne recommande spécialement ça avec le tarot, parce qu’apparaît alors le biais cognitif. On ne peut pas être objectif sur soi-même. Si tu te questionnes, si tu as peur de quelque chose et que tu tires une carte, ton interprétation sera forcément orientée. Dans ce cas il vaudra mieux utiliser un oracle. C’est plus accessible et tu n’as rien à interpreter vu qu’on te souffle directement le message.

Le tarot demande un peu plus de rigueur, c’est comme apprendre une langue étrangère.

B : Oui, ça fait quand-même 72 cartes à apprendre ! Parce que depuis tout à l’heure on ne parle que des arcanes majeures mais il y a aussi toutes les arcanes mineures.

M : Pour moi c’est plus facile d’utiliser toutes les cartes. Si on reprend la métaphore de la langue, tirer seulement les majeures c’est comme essayer de ne parler français qu’avec les voyelles. S’il y a des consonnes pour compléter, c’est quand-même beaucoup plus simple de communiquer.

B : J’imagine que ça ajoute de la subtilité, en effet, mais ça implique quand-même de connaître beaucoup plus de cartes.

M : Oui mais bon, on n’est pas à l’école, il ne s’agit pas d’apprendre par cœur. Il faut prêter une grande attention au jeu que tu choisis parce que ton tarot te donne des informations visuelles. Il doit vraiment t’appeler, te plaire, te parler.
Plein de personnes me disent qu’elles ont acheté le tarot de Marseille et qu’elles n’arrivent pas à l’interpréter, du coup elles se découragent. Elles se précipitent vers ce jeu là parce que c’est la base, mais il est un peu cryptique et monotone. Puis elles finissent par en choisir un autre, et la magie opère.

Les cartes sont des mises en situation. S’il y a tel animal à tel endroit, ce n’est pas un hasard. Une fleur à droite, de l’eau dans un coin, tous les détails nous donnent des infos. La carte t’explique les choses, il faut l’écouter.
Pour commencer on peut lire le livret mais ce qui est intéressant c’est de s’en détacher. Par exemple, il y a des arcanes pour lesquelles je ne suis pas d’accord avec l’explication « universelle ».

B : Est-ce qu’il y a des jeux de tarots qui te plaisent particulièrement ?

M : Mon Morgan-Greer, encore et toujours.

Plus récemment, j’ai découvert le Modern Witch Tarot. Superbe qualité, mais surtout inclusif et non-binaire. Il revisite vraiment les codes. Parce qu’il y a quand-même un gros problème de diversité dans la symbolique. Mais là, tout est remanié. Il y a des personnages de toutes les ethnies, toutes les silhouettes, certains sont même non-genrés, ce qui est une révolution. Moderne, funky, le Modern Witch a tout compris.

Le Tarot Modern Witch

B : J’adore entendre les tarologues parler des cartes, c’est tout un monde qui s’ouvre.

M : C’est un art, le tarot. Venant d’une famille d’artistes, j’y vois de vraies similitudes avec les arts traditionnels. Je suis sans cesse en train d’affiner, de faire évoluer mes tirages. Puis j’ai la chance de pratiquer ma propre méthode, donc c’est littéralement comme quelqu’un qui peint un tableau ou compose un morceau.

Mais en même temps, je suis au service du tarot, je ne suis que le biais qui lui permet de délivrer son message, ce qui suppose humilité et sincérité, sinon ça ne marche pas. On ne peut pas feindre l’intégrité, je pense que c’est ce qui fait que ça fonctionne ou non. J’ai été conseillère en image pendant 10 ans, je sais que si on ne renvoie pas la bonne image, si on fait semblant d’être quelqu’un qu’on n’est pas, ça ne peut pas marcher. Mais ça s’applique à tout dans la vie.

B : Ça t’aide, dans ta pratique actuelle, ce passé de conseillère en image ?

M : Oui, ça me permet de pouvoir m’adapter à toutes les personnalités. Parce que travailler au service des autres m’a appris à gérer les susceptibilités, à rassurer. Les gens sont très vulnérables quand on aborde leur image, comme quand quelqu’un m’appelle pour une séance. Et dans les deux cas, la question sous-jacente, c’est « je ne sais plus qui je suis ». Avant je me servais de vêtements, maintenant je me sers du tarot mais la quête est toujours la même. C’est une quête identitaire.

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