Ces derniers temps, Greta Thunberg est partout. A l’assemblée nationale, à la tribune de l’ONU, dans les rues à travers les millions de jeunes qui marchent en son nom, mais aussi dans la presse et sur les plateaux télé, dans la bouche de tous ceux qui rivalisent d’agressivité pour tenter de la décrédibiliser, en vain. Tant de violence à l’égard d’une jeune femme qui ne fait que reprendre le message de scientifiques pour tenter de faire évoluer les consciences ne peut que surprendre.

Que cache cette haine irrationnelle ? Qu’incarne-t-elle à leurs yeux ? Car en réalité, dans leurs attaques, il n’est jamais question de ce qu’elle dit, mais de ce qu’elle leur inspire. Ils ne parlent pas d’elle, ils parlent d’eux. D’eux et de la peur qu’elle fait naître en eux. Et si Greta, à sa manière, était en fait une puissante petite sorcière ?

Qui sont les inquisiteurs ?

Au visionnage de cette séquence montée par Arrêt sur Images, on constate que dans leur très grande majorité, les détracteurs de Greta Thunberg ont le même profil : des hommes, blancs, à cheveux gris, qui occupent des fonctions publiques ou des postes à responsabilité et font partie des privilégiés. Quelques femmes participent aussi à la vague de haine, mais elles restent très minoritaires.

Ces gens, habitués à dominer le monde (et la nature), refusent de voir leur toute puissance remise en question. Personne n’a le droit de venir leur dire quoi faire, quoi penser et comment régler les problèmes qu’ils ont créés. D’ailleurs, le monde tel qu’il est leur convient : il a été fait par et pour eux. Hors de question de le changer. Surtout qu’en plus ils n’auront pas à subir les conséquences de leur inconséquence, ils ne seront bientôt plus là.

En revanche, ils n’ont rien à gagner à ce qu’une sale gosse vienne exposer à la face du monde leur cynisme et leur cupidité. Qu’elle se taise, bon sang ! Elle et toute cette nouvelle génération de gueux qui marche dans la rue tous les vendredis et ose venir leur demander des comptes. Eux, ils ont de vrais problèmes à régler. Des problèmes économiques, des défis technologiques, bref, des trucs autrement plus importants que la préservation de Mère-Nature. Non, vraiment, que cette petite laisse les grands de ce monde régler les problèmes complexes qu’elle ne peut pas comprendre.

Grève des étudiants à Vienne, 15 mars 2019

Que lui reprochent-ils en réalité ?

Sa différence

Greta Thunberg est autiste Asperger. Dans la bouche de ses détracteurs, c’est devenu un argument, une arme, un outil de censure, un sujet de moquerie façon cours de récré. Les insultes utilisées à son encontre sont édifiantes. Elle serait “malade, fragile, instable, au bord de l’effondrement psychiatrique.” On la déshumanise en la traitant de “cyborg” ou de “poupée en silicone”, on espère même qu’elle se fera enlevée par des extraterrestres dans le triangle des Bermudes durant son périple en bateau pour New-York, tant sa différence dérange.

Hugo Horiot, comédien, auteur, autiste Asperger a analysé cette campagne anti-Greta pour Brut. Selon lui, elle n’a pas été attaquée sur son discours de fonds, elle a été attaquée sur son autisme, soit sur ce qu’elle est, ce qui montre à quel point la différence est pathologisée dans notre société ultra-normée. Encore aujourd’hui, être différent, c’est être mis à l’écart. Si vous n’entrez pas dans les cases, vous n’êtes pas crédible, vous n’avez pas le droit de vous exprimer.

Son émotivité

Selon eux, “elle en fait trop. Elle hystérise le débat. Elle est trop émotionnelle. Elle pleure (et on ne pleure pas en public), elle chouine, elle se roule par terre, elle est agressive.” Elle devient tour à tour “gourou apocalyptique, écomorveuse, héroïne de pacotille, prix Nobel de la peur, Sainte-Thérèse de Lisieux ou jeune activiste totalement sous emprise.”

Car oui, en plus du reste, elle serait bien sûr complètement manipulée, incapable de penser par elle-même. Pensez, une fille, jeune qui plus est, comment pourrait-elle penser ? Rappelons tout de même qu’elle n’a pas 6 ans, mais 16. Un âge auquel on est parfaitement capable de penser et de prendre position, Asperger ou non.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que selon le sujet abordé, la notion de maturité peut varier considérablement. Alain Finkielkraut, par exemple, trouve que Greta Thunberg est une gamine puérile et malléable. Ce monsieur estimait pourtant qu’à 13 ans, la victime de Roman Polanski n’était plus une enfant, elle était donc tout à fait capable de penser par elle-même. Quand il s’agit de se soumettre à un homme, une femme n’est jamais trop jeune. En revanche quand il s’agit d’avoir des idées, une femme reste à jamais une enfant.

Et puis, qui est manipulé par qui, entre des éditorialistes, politiques et intellectuels proches (quand ils ne les financent pas) de grands industriels hostiles à toute transition énergétique ou une jeune femme qui a pour elle la sincérité et l’émotion non feinte ?

Grève des étudiants à Vienne, 15 mars 2019

Son impuissance / sa puissance

Ce qui frappe également, dans ces attaques, c’est la manière dont on souligne l’inutilité de son action tout en s’inquiétant de son pouvoir et de son influence.

Ainsi, d’un côté, ces gens l’invitent à rentrer chez elle et répètent à l’envie qu’elle ne sert à rien. “Elle n’apporte aucune solution concrète, elle est dans l’imprécation permanente, son action n’a aucun intérêt, aucun effet. Elle fait comme s’il n’y avait que l’écologie dans la vie, alors qu’on sait tous que c’est faux (il y a l’argent aussi). A quoi ça sert d’aller couiner devant les caméras du monde entier ? C’est inepte. C’est inutile. En quoi a-t-elle fait avancer un tant soit peu les choses ?”

Pourtant, d’un autre côté, “elle manipule et désespère les jeunes. Elle veut réduire nos libertés, nous empêcher de vivre. Elle fait penser aux jeunesses hitlériennes ou maoïstes. C’est une extrémiste. Elle donne une vision apocalyptique du monde. Elle veut le moyen-âge, le Venezuela et la Corée du Nord. Si on l’écoutait, il n’y aurait plus de tourisme, plus d’économie, plus d’échanges, plus rien. Bref, Greta est dangereuse, elle veut la fin du monde.”

Certains ont même carrément émis l’idée qu’il faudrait attenter à sa vie. On en est là. Un riche homme blanc de 67 ans souhaite la mort d’une jeune fille de 16 ans sous prétexte qu’elle dit des trucs qu’il ne veut pas entendre.

Non mais franchement, qui est hystérique dans cette histoire, on se le demande ! Une jeune fille qui craint à juste titre pour son avenir ou une bande de coléreux prêts à tout pour la faire taire, accrochés à leurs privilèges comme une moule à son rocher ? On peut ne pas approuver sa démarche, s’interroger sur ses soutiens, ses sources de financements ou douter du bien-fondé de son action, mais a-t-on vraiment besoin de l’attaquer ainsi ?

En réalité, ils ont peur d’elle. Greta dérange la course de leur monde. Leur haine, c’est un réflexe de désespoir, parce qu’ils savent qu’elle a raison. Ils ne peuvent pas l’attaquer sur le fonds, ils l’attaquent donc sur la forme.

Et ils ont raison d’avoir peur. Parce que pour quelqu’un qui ne sert à rien, elle a quand-même réussi à s’exprimer à l’ONU, à faire parler toutes les télés du monde et à faire défiler des millions de jeunes chaque vendredi. Et puis, l’Histoire leur donne tort. Ne doutez jamais du fait qu’un petit nombre de gens réfléchis et engagés puisse changer le monde. En réalité, c’est toujours ainsi que cela s’est produit, disait Margaret Mead. Peut-être est-ce d’ailleurs ce qui les effraie tant.

Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité, écrivait Simone de Beauvoir dans Le deuxième Sexe.

Greta, puissante petite sorcière

Cette campagne de dénigrement menée avec une incroyable violence rappelle une autre campagne lancée il y a quelques siècles à l’encontre de femmes, différentes elles aussi.

Hasardons-nous à remonter le temps jusqu’au début de la renaissance, quand on commença à basculer de l’obscurantisme médiéval vers l’ère du savoir et de la connaissance, disent-ils. C’est également l’époque des chasses aux sorcières. Pendant des siècles, partout en Europe et ailleurs, des dizaines de milliers de femmes furent assassinées pour des motifs abscons qui camouflaient mal l’objectif politique de leurs bourreaux. Car en réalité, aucune de ces victimes n’a jamais volé sur un balai ou jeté de sorts. Si elles avaient été si puissantes, elles ne se seraient pas laissées brûler vives, d’ailleurs. Non, ce qu’on reprochait aux femmes accusées de sorcellerie, c’était leur anti-conformisme, leur indépendance et leur pouvoir. Elles remettaient en cause l’ordre établi par les hommes.

Misogynie et instrumentalisation politique

Les démonologues

C’est du 15e au 17e siècle que la chasse fut la plus virulente. La plupart des accusés étaient des femmes. Elles étaient souvent pauvres, veuves, âgées et issues du monde rural. Mais on brûla aussi de jeunes femmes, des femmes mariées ou même des enfants parfois âgées de 10 ans.

Les traités de démonologie, sur lesquels se basèrent les accusateurs, sont des condensés de misogynie. Écrits aux 15e siècle, ils donnent de la femme une image des plus négatives : inférieure, démoniaque, pécheresse, responsable de tous les malheurs du monde. Ces écrits se propagent et imprègnent durablement la société de l’époque. Les conditions de vie très rudes (guerres, maladies, famines…) et le besoin de trouver des boucs-émissaires achèvent de faire des femmes des cibles privilégiées.

Se servir des croyances ancestrales

Mais si les braves gens qui craignent les sorcières croient réellement en leur pouvoir, ce n’est pas le cas de tous les démonologues. Les auteurs de ces traités ne sont pas forcément des fous de Dieu et les personnages les plus virulents à l’encontre des sorcières étaient en fait économistes, juristes ou philosophes.

Par exemple le traité Des sorcières et femmes devins, paru en 1489, était l’œuvre d’un docteur en droit. De son côté, le philosophe Thomas Hobbes ne croyait pas à la sorcellerie mais estimait tout de même que les condamnations étaient fort utiles pour exercer un contrôle social. En Angleterre, la chasse aux sorcières a  permis de mater les femmes entrées en résistance contre la politique du gouvernement (cf : réforme des enclosures).

En somme, la technique du « tais-toi ou je te brûle » fut très efficace.

Les choses empirèrent encore quand on commença à penser que les femmes autonomes étaient une menace, des proies faciles pour le malin. On estima donc que toute femme devait avoir une tutelle masculine. C’est pourquoi les femmes seules, notamment les vieilles femmes, devinrent la cible privilégiée des chasseurs de sorcières.  Ces femmes étaient souvent sage-femmes, guérisseuses, elles connaissaient les plantes et leurs propriétés. Elles avaient donc un vrai pouvoir dont elles se servaient pour soigner les habitants des campagnes. Mais leurs remèdes étaient jugés ineptes par les médecins et hérétiques par les religieux. Qui plus est, la médecine était un sujet d’hommes, aucune femme n’avait le droit de l’exercer. Et peu importait que la médecine balbutiante de l’époque ou les prières soient bien moins efficaces que la magie des guérisseuses. Elles étaient de plus accusées de pratiquer des avortements. Sacrilège s’il en est, que de vouloir contrôler la vie et la mort.

Ainsi, durant des siècles, on persécuta et tua des milliers de femmes, terrorisant et réduisant au silence les survivantes qui savaient qu’au moindre faux pas, elles pouvaient finir au bûcher. On estime aujourd’hui qu’entre 50 et 100 000 femmes furent victimes de cette barbarie. Un chiffre très élevé rapporté à la population européenne de l’époque, estimée à environ 10 millions d’habitants.

La querelle des femmes

À la même époque, alors qu’on brûle les sorcières dans le monde rural, en hauts-lieux la ‘querelle des femmes’ fait rage. Féministes et Misogynes s’affrontent autour de l’idée d’égalité des sexes. Les féministes réclament la juste reconnaissance du fait qu’hommes et femmes sont tout aussi légitimes à apprendre, penser, créer ou exercer un pouvoir. Les misogynes s’y opposent avec force, estimant que les femmes sont par essence inférieures.

Leur argumentaire repose sur les écrits de philosophes de l’antiquité (Aristote, par exemple, qui estimait que la femme était une sorte de monstre, rien que ça) et sur l’idée d’une rationalité pure qui serait par essence masculine. La raison par opposition à l’émotion. La science par opposition à la nature. L’esprit par opposition au corps. Les hommes sont du côté de l’esprit, de la raison et de la science. Les femmes sont du côté de la matière, de l’animalité, soumises à leurs humeurs. Voilà pourquoi il leur faut une tutelle masculine. L’âme doit dominer le corps, la raison doit dominer l’émotion et l’homme doit dominer la femme.

Grève des étudiants à Genève, 15 mars 2019

Si ce débat prend tant d’ampleur, c’est qu’au sortir de l’époque médiévale, les femmes ont bien plus de pouvoir qu’elles n’en auront par la suite. Elles sont romancières, savantes, poétesses, missionnaires, on publie même des dictionnaires de femmes célèbres qui remportent un grand succès. Les femmes existent et pensent par elles-mêmes, ce qui déplaît fort à certains qui veulent les remettre à leur place d’inférieures à tout prix.

« Les juristes travaillent sans relâche à restreindre les droits des femmes en matière de dévolution des biens, malgré la résistance des parlements du Midi ou de l’Ouest. La puissance paternelle s’accroît considérablement tout au long du siècle et, avec elle, celle des époux et de la parentèle masculine. Les établissements d’enseignement sont étroitement surveillés et supprimés s’ils ambitionnent de se calquer sur les modèles masculins. Les campagnes de calomnies se déchaînent contre les actrices, dont la gloire porte ombrage à leurs partenaires, ou contre les sages-femmes, que les médecins veulent à toutes forces écarter. Les historiens recomposent le passé, occultant le rôle des unes, noircissant la figure des autres. »
Marie-Elisabeth Henneau

On fit si bien qu’à la fin du 17e siècle, les misogynes avaient atteint leur objectif : les femmes étaient réduites au silence et à l’ignorance. A l’aube du siècle des Lumières, les femmes avaient été condamnées à l’obscurité.

L’avènement d’un monde nouveau

Ce morceau d’histoire est souvent considéré, à tort, comme un épiphénomène qui se serait produit au moyen-âge, en plein obscurantisme donc, et n’aurait concerné que quelques pauvres folles tuées par des illuminés. Pour cause, toutes les œuvres concernant cette période ont été écrites par des hommes, ce qui explique pourquoi les faits ont toujours été déformés et minimisés. Mais durant la vague féministe des années 70, les femmes se réapproprient l’image de la sorcière, en créant notamment le Witch, pour Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell (Conspiration féminine terroriste internationale venue de l’enfer). Les féministes comprennent que ces milliers de femmes n’ont pas pu être torturées et brûlées vives au nom de simples croyances ancestrales. Elles représentaient forcément, pour le pouvoir en place, un risque ou un obstacle à éliminer pour la poursuite d’un projet politique.

Et force est de constater que cette guerre menée contre les femmes durant des centaines d’années a bel et bien permis l’avènement d’un nouveau modèle de société patriarcale qui sévit encore aujourd’hui. Ce fut aussi le point de départ de la séparation de l’Homme et de la Nature,  “avec une forme de raison dominante qui permettait de voir le monde comme un ensemble de ressources inertes qu’il s’agissait d’exploiter et de valoriser”¹. Parallèlement, un processus d’effacement des femmes dans l’histoire, les arts et dans l’espace public se mit en place.

Grève des étudiants à Genève, 15 mars 2019

Tremblez, les Sorcières reviennent

“Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler”, scandaient les féministes américaines dans les années 60-70. A Milan, à la même époque, lors des rondes des possédées, les italiennes criaient  “Tremblez, tremblez, les sorcières reviennent !”

Et ils sembleraient bien, en effet, qu’elles soient de retour. Dans un article du Monde Diplomatique¹, Mona Chollet, auteur de Sorcières, la puissance invaincue des femmes, rappelle que depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche en 2017, des milliers de sorcières se réunissent chaque mois à la lune décroissante, chez elles, au pied de la Trump Tower ou sur les réseaux sociaux, avec les mots-clés #BindTrump et #MagicResistance, pour jeter des sorts au président. En France, ces dernières années, des Witch Blocs sont nés à Paris, Toulouse ou Marseille. Un peu partout, des boutiques apparaissent proposant toutes sortes de produits pour pratiquer des rituels ou simplement revendiquer son identité de Sorcières.

Bref, les sorcières sont partout, traduisant ce besoin qu’ont les femmes de se réapproprier cette part hautement symbolique de leur histoire pour reprendre en main leur destin et tenter de réinventer le monde.

“La sorcière surgit au crépuscule, au moment des angoisses vespérales, alors que tout semble perdu. Elle est celle qui parvient à trouver des réserves d’espoir au cœur du désespoir.”¹

Nous sommes toutes des sorcières

“La sorcellerie s’attaque en quelque sorte aux ressorts culturels profonds sur lesquels s’appuie le capitalisme”, explique Mona Chollet dans un article du Monde Diplomatique.¹ Voilà pourquoi les sorcières, ces femmes indépendantes et rebelles qui ne cherchent pas à plaire aux hommes, osent les contredire, s’opposer à eux et leur dire non, sont à ce point craintes. Voilà pourquoi Greta est attaquée si violemment. Elles ont le pouvoir de faire vaciller le monde.

Tous ces réactionnaires qui pensent incarner la raison et l’avenir, se prétendant même futurologues pour certains, s’entendent finalement dire, et ce devant le monde entier, qu’ils ne sont que les tenanciers d’un monde dépassé, bon à changer. Eux qui ne croient qu’au pouvoir de l’argent, à la domination de la nature et au progrès technologique (qui va tous nous sauver), se retrouvent infantilisés par une jeune femme qui méprise leur irresponsabilité et les somme d’enfin agir en adultes. Elle les défie, elle dénonce leur inconsistance, affiche leur inconséquence et ils la détestent pour cela.

Joan Baez, dans sa lettre ouverte à Greta Thunberg, concluait par ces mots : Quand les politiciens adultes ont frénétiquement besoin de vous attaquer, c’est que vous faites absolument la bonne chose.

JMG Le Clézio terminait quant à lui son texte d’hommage ainsi :  Greta Thunberg, elle, n’a pas renoncé. Avec la gravité de son jeune âge, avec la science instinctive de l’enfance, elle monte à la tribune, elle dit ce que nous ne voulons pas entendre, elle brandit ses panneaux devant les Parlements, devant les politiques, les puissants de ce monde. Elle parle pour elle, pour sa génération, mais aussi pour ses enfants à naître, et au-delà des humains, pour notre Terre tout entière, dans sa précieuse et fragile beauté. Écoutons-la. Entendons-la. Il est peut-être encore temps.

Il y a 400 ans, on a fait taire celles qui voulaient empêcher un monde patriarcal d’advenir. Aujourd’hui, on cherche à faire taire ceux qui veulent le changer. L’incapacité de ces odieux personnages à imaginer un autre monde que celui-là, pourtant sur le déclin depuis longtemps déjà, est une preuve qu’il est largement temps pour eux de laisser la main aux puissantes petites sorcières. Bien sûr, on sait d’avance que leur addiction au pouvoir est incurable. Avec leur logiciel défaillant resté bloqué aux siècles derniers, ils préfèreront brûler toutes les sorcières du monde plutôt que d’abdiquer. Mais c’est un signe. Un très bon signe.

S’ils veulent nous brûler, c’est qu’on a raison, c’est qu’on est puissantes.

 

 

Sources :

Mona Chollet – Sorcières, la puissance invaincue des femmes, 2018.

¹Tremblez, les sorcières sont de retour – Mona Chollet – Le Monde Diplomatique

Guy Bechtel, La Sorcière et l’Occident. La destruction de la sorcellerie en Europe, des origines aux grands bûchers, Plon, Paris, 1997

La querelle des femmes, un débat qui ne date pas d’hier – Culture, le magazine culturel en ligne de l’Université de Liège

Danièle Haase-Dubosc & Marie-Elisabeth Henneau – Revisiter la «querelle des femmes»

Joan Baez – Lettre ouverte à Greta Thunberg

JMG Le Clézio – La gravité de la terre