Lorsque l’été arrive, nos villes se transforment en véritables étuves où la température monte bien plus haut que dans les communes limitrophes moins urbanisées. En cause, le manque de végétation et une conception qui n’a absolument pas pris en compte les fortes montées des températures auxquelles nous faisons face aujourd’hui, de plus en plus intenses et de plus en plus fréquentes. L’une des solutions pour apporter de la fraîcheur : les plantes, partout et en nombre. Les villes encouragent donc leurs habitants à en planter grâce aux permis de végétaliser.

Des villes trop minérales

Nos villes sont trop minérales. Or, les surfaces minérales absorbent la chaleur des rayons du soleil et la diffusent ensuite autour d’elles. Toutes les surfaces minérales exposées au soleil (routes, parking, trottoirs, murs de briques ou toits en asphalte) contribuent donc à faire monter la température des villes. Les rues sur lesquelles aucun arbre n’a été planté deviennent des “canyons urbains” dans lesquels rien ne peut arrêter la réverbération des rayons de soleil. C’est pourquoi les murs qui fournissent de l’ombre peinent à nous rafraîchir : ils nous protègent du soleil mais pas de sa chaleur.

En parallèle, pour faire face à l’augmentation constante de la population urbaine, on a optimisé les surfaces dans les villes : on a réduit les espaces entre les bâtiments, supprimé des parcs et des jardins afin de créer un maximum de logements dans un minimum d’espace. Dès lors, l’air ne circule plus, les vents étant stoppés par les bâtiments. De plus, pour pouvoir minéraliser toutes ces surfaces, il a fallu imperméabiliser les sols et éliminer toute la végétation qui s’y trouvait : herbes, plantes, arbres, terre végétale. Toutes ces surfaces riches en eau, indispensable pour rafraîchir l’air de nos villes grâce au processus d’évaporation.

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Des villes trop denses

A ces aménagements erratiques qui favorisent la montée des températures, vient s’ajouter l’activité humaine qui, elle aussi, produit de la chaleur. Les industries de toutes sortes, l’utilisation massive de la climatisation qui empire le problème contre lequel elle tente de lutter, l’éclairage public, l’utilisation d’appareils électroniques ou encore les voitures, tout ceci transforme les villes en étuves qui s’auto-alimentent dès que les températures commencent à monter, créant ce que l’on appelle des îlots de chaleur urbains.

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Source Adème

Les conséquences néfastes sont nombreuses : coups de chaleur, stress thermique, pollution entrainant des maladies respiratoires, cardiovasculaires ou cérébrales, fragilisation des nourrissons et des personnes âgés, aggravation de certaines maladies chroniques, etc. Cela dépasse donc de loin le simple inconfort.Pour endiguer ce cercle vicieux, certaines villes entreprennent différents aménagements et invitent aussi leurs habitants à se saisir de ce problème.

Le permis de végétaliser

Bordeaux, Montpellier, Liège, Champigny, Dunkerque, Grenoble, Le Havre, Marseille, Paris, etc. délivrent désormais des permis de végétaliser aux habitants qui en font la demande. Les demandes sont étudiées par les services techniques des villes concernées, un permis vous est ensuite délivré pour une durée limitée allant de 1 an à 5 ans, souvent tacitement reconductible. Bien sûr, pas question de planter n’importe quoi, n’importe où. Les villes éditent donc des chartes de végétalisation qui précisent quelles plantes on peut planter, où les planter et les règles à respecter.

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Que planter ?

Il est préférable de planter des plantes locales, adaptées à leur environnement. L’entretien des plantes est à la charge de celui qui les plante, préférez donc des plantes résistantes, nécessitant peu d’attention. De même, elles ne doivent pas devenir trop imposantes afin de ne pas gêner les piétons qui utilisent les trottoirs, notamment les poussettes ou les fauteuils roulants, ainsi que la visibilité des automobilistes.

Si vous plantez des légumes, fruitiers ou aromates, les récoltes obtenues sont à la disposition de tous à partir du moment où la plante est située dans l’espace public. Il est en revanche interdit de planter des plantes toxiques, allergènes, hallucinogènes ou figurant sur la liste des plantes prohibées. L’entretien des plantations doit aussi se faire sans nuire à l’environnement et aux habitants : pas d’engrais chimiques ou de pesticides, pas d’outils mécaniques bruyants ou polluants.

Où planter ?

Les parterres de fleurs municipaux sont à la charge des villes, mais il est possible de planter des graines aux pieds des arbres ou dans des jardinières devant chez vous, le long de vos bordures, au pied de poteaux ou de barrières, là où elles ne gêneront pas les usagers. Pour pousser encore plus loin la démarche écologique, on peut aussi recycler des objets inutilisables pour les transformer en jardinières de fortune.

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Vous pouvez également jardiner dans un jardin partagé, communautaire ou associatif, etc. C’est un jardin créé et entretenu par les habitants d’un quartier. Vous pouvez en créer un en en faisant la demande à la ville ou bien rejoindre un jardin existant. Car jardiner en ville, cela signifie souvent jardiner ensemble au vu du peu d’espaces disponibles pour s’exprimer. De plus en plus de nouveaux adeptes s’y essaient ainsi et tous apprécient l’expérience. Ces jardins partagés sont généralement des lieux vecteurs de lien social où différentes générations se rencontrent et partagent leur savoir, comme dans ce jardin installé sur le toit d’un immeuble parisien.

Et en vrai, ça donne quoi ?

Dans de nombreuses villes du monde, on voit aujourd’hui des particuliers creuser le bitume au pied de leur façade de maison pour trouver de la terre ou bien installer des jardinières pour pouvoir y planter jasmin, clématite, vigne vierge, ipomée ou autres plantes grimpantes dans le but de créer des façades végétalisées qui isoleront leur habitat de la chaleur.

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De même, au pied des immeubles, des grappes de coquelicots font leur apparition au printemps, des roses trémières explosent en été sur les bords de trottoir, incitant les passants à baisser la tête, comme en pleine nature. Des initiatives encore timides mais qui inspirent, font envie et incitent toujours plus d’habitants à faire de même, chacun réclamant sa part de poésie et de fraîcheur végétale dans ce monde urbain.

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On se plaît alors à imaginer les mêmes villes dans 20 ou 30 ans, quand les arbres auront été plantés par milliers le long des avenues, que les façades seront recouvertes de plantes grimpantes,  les toits plats  repeints en blancs ou couverts de plantes mellifères. Quand la nature aura retrouvé un peu de ses droits et que les fleurs coloreront à nouveau la grisaille des murs enduits, quand des canopées végétales empêcheront la chaleur des rayons du soleil de chauffer l’asphalte et que l’on s’endormira, certes harassés de chaleur, mais avec un air respirable et au son des cigales, même en plein centre-ville.

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